Hommage à Anna Akhmatova

« Paroles indicibles,
Je n’en dirai pas plus,
Souvenir d’une non-rencontre,
Je planterai un églantier. »

Anna Akhmatova
L’églantier fleurit et autres poèmes

Au commencement il y a des femmes
qui veulent dire des poèmes de femmes.
Il y a des recherches.
Des enquêtes.
Il y a des lectures, abondantes et obsédantes.
Il y a la prise de conscience que les poétesses nous sont presque étrangères.
Peu connues.
Lointaines.
Le masculin, lui, est bien là,
dans nos manuels scolaires depuis des siècles.
Alors il y a cette envie pressante.
Dire la poésie des femmes. Elle était là depuis toujours
et nous ne l’avions pas vue.
Pas lue.
Pas transmise.
Elle était là depuis toujours, noyée dans le patrimoine.
Le commencement, la première lettre, A.A.
Anna Akhmatova est la première de la liste.
D’autres suivront.

Teaser

Note d’intention

Il s’agit de faire entendre la poésie d’Anna Akhmatova à travers les yeux de son amie Lydia Tchoukovskaïa. D’entremêler leurs textes à l’image de leurs vies. Comme un écho.
Pas de chronologie. Nous ne racontons pas une histoire. Nous donnons à voir des paysages. À entendre les entrailles. À goûter la soupe des condamné.e.s.
Il fallait offrir la traversée d’un fleuve de poèmes.
L’espace et le temps s’entrechoquent, se dépassent, s’installent dans le silence d’une chambre d’un petit appartement communautaire.
Les silences font partie intégrante du fleuve.
Lorsque Lydia écrit ses entretiens sur Anna, elle omet l’essentiel. Dans ce spectacle, l’essentiel n’est pas dit. Mais ce qui est dit est vital.

previous arrow
next arrow
Slider


Extraits

« Les enquêteurs préparaient d’avance le chef d’accusation : subversion, espionnage, terrorisme, sabotage.
Les années 37-38 ont inculqué aux gens une peur qui devait durer leur vie entière.
Qu’on parle ou qu’on se taise, on finissait en prison, de toute façon.
[…]
Un jour, juste avant mon départ, Anna Akhmatova reçoit un télégramme de Moscou : « Madame, nous n’avons pas oublié votre courage en 1942 ».
Moi, je me souviens de son courage, non pas en telle année, mais tout au long des décennies. La parole n’est pas une relique de musée. La préserver, c’est créer.
Anna Akhmatova est de celles qui préservent, qui réinventent la langue. Y a-t-il plus grand courage ?
En 1942, il fallait libérer la parole de la prison allemande. Mais n’est-elle pas prisonnière encore aujourd’hui ? Ne faut-il pas la délivrer chaque jour ? »

Entretiens avec Anna Akhmatova, Lydia Tchoukovskaïa, trad. Geneviève Leibrich et Lucile Nivat, édition Albin Michel

Voilà. Le mot, pierre, est tombé
Sur mon sein encore vivant.
Ce n’est rien. Je m’y ferai.
J’étais prête depuis longtemps.

J’ai bien du travail aujourd’hui.
Il me faut tuer ma mémoire,
Il me faut empierrer mon âme,
Il me faut réapprendre à vivre.

Et pourtant…

Ce froissement brûlant de l’été,
Comme une fête à ma fenêtre.
Depuis longtemps je pressentais
Ce jour si clair, cette maison déserte.

Requiem, Anna Akhmatova, trad. Sophie Benech, édition Interférences

L’équipe du spectacle

L'équipe en résidence au théâtre de la Joliette, Marseille
Co-porteuse de projet, co-metteuse en scène et comédienne : Lucille Régnier
Co-porteuse de projet, co-metteuse en scène et comédienne : Ninon Juniet
Compositrice, chanteuse et accordéoniste : Audrey Peral
Créatrice Lumière et scénographe : Alia Coisman
previous arrow
next arrow
Slider


Costumière – Anne Juniet
Teaser – Mathieu Fraysse, Mathis Pangrazzi et Sylvain Bouysset
Crédits photos – Mathieu Fraysse et Lucille Régnier

Retour aux spectacles